Mali : s’attaquer au conflit foncier pour mettre fin à la propagation de la violence - rapport

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La crise dans le nord et le centre du Mali et dans les pays voisins pourrait s'étendre au sud du Mali si les conflits pour la terre ne sont pas résolus, a déclaré International Alert dans un nouveau rapport.

Le rapport, Maintenir la paix et la stabilité dans la région de Sikasso au Mali : Stratégies pour endiguer les conflits fonciers, examine les conflits fonciers dans la région de Sikasso, au sud du Mali, ainsi que la manière dont ils sont traités par les autorités traditionnelles et l'État. Si la région est relativement stable à l'heure actuelle, des pressions telles que le changement climatique, les mouvements de population et la présence de groupes extrémistes dans les régions voisines suscitent des inquiétudes.

Sikasso est une région frontalière du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire et de la Guinée, ce qui signifie que la propagation de la violence pourrait aggraver l'instabilité régionale.

Camille Marquette, conseiller en consolidation de la paix sur les ressources naturelles pour International Alert et auteur du rapport, a déclaré :

"Au Mali, des conflits fonciers profondément enracinés sont observable depuis des décennies. Ces conflits pourraient être exploités par divers groupes extrémistes ou criminels et atteindre un niveau violence que nous observons aujourd'hui dans le nord et le centre du Mali. Une meilleure gestion des questions foncières et la prévention d’une escalade vers la violence doivent être au premier plan des efforts de consolidation de la paix dans la région".

L'insurrection au Mali a commencé en 2012, lorsque des djihadistes ont coopté une rébellion touarègue pour envahir le nord du pays. Malgré un accord de paix signé par la suite entre les rebelles et le gouvernement malien, la violence a repris depuis 2015, en particulier dans le centre du Mali.

Les griefs concernant l'accès à la terre et aux autres ressources naturelles, notamment les affrontements entre agriculteurs et éleveurs, ont été un moteur de la violence. Combinées à d'autres facteurs sociaux, économiques et politiques, ces tensions ont été exploitées au fil du temps par des groupes armés.

Si la région de Sikasso, dans le sud du Mali, est relativement stable par rapport aux régions du nord et du centre du pays, des incidents violents liés à l'utilisation des terres ont été fréquents au cours des deux dernières années. Les conflits ont surtout opposé les agriculteurs et les éleveurs, ainsi que les agriculteurs eux-mêmes, mais aussi les organismes publics chargés de la protection des forêts et les communautés locales ayant besoin d'accéder au bois.

La difficulté des autorités de l'État à résoudre ces conflits et à mettre en œuvre les lois sur la gouvernance des terres a entraîné des manifestations locales, signe de mécontentement avant-coureur d’éventuelles violences à venir. D’autre part, la gouvernance foncière traditionnelle est discriminatoire par nature, en particulier à l'égard des femmes mais aussi des nouveaux installés dans la région. Si les chefs traditionnels restent l'interlocuteur privilégié en matière de gouvernance foncière dans la région de Sikasso, leur efficacité pourrait s'éroder en raison de l'évolution des comportements économiques ou des aspirations des jeunes.

Le rapport se termine par des recommandations à l'intention du gouvernement malien et des partenaires internationaux afin de réduire la propagation de la violence au Mali et au-delà des frontières internationales.

À court et moyen terme, il s'agit notamment d'aider les dirigeants communautaires et les groupes d'intérêt à contribuer aux mécanismes existants de règlement des différends qui pourraient prévenir la violence.

Et à long terme, il s'agit de trouver une solution durable aux conflits liés à la terre. Il s'agit notamment de mettre en œuvre des cadres juridiques, de renforcer la résilience face à la dégradation de l'environnement et au changement climatique et de faire progresser la planification en matière de mouvements de population.

Le rapport est publié alors que le Royaume-Uni se prépare à déployer 250 soldats au Mali, ce qui représente le plus important déploiement militaire depuis la fin de la mission dans la province de Helmand en Afghanistan il y a cinq ans. Il rejoindra la mission de maintien de la paix des Nations unies (Minusma) au Mali. En attendant, la France prévoit de renforcer sa présence dans la région avec 600 soldats supplémentaires

Camille Marquette a conclu :

"Assurer la sécurité au Mali, c'est aller au-delà de la présence militaire. Cela signifie également investir dans la lutte contre les causes profondes du conflit qui permettent à l'extrémisme violent de prospérer. Agir sur les questions foncières et autres griefs aujourd'hui permettra d'éviter le coût élevé des mesures correctives à l'avenir".

Téléchargez le rapport ici.

POUR FINIR

Notes aux rédacteurs

Porte-paroles :

  • Camille Marquette, conseiller en consolidation de la paix sur les ressources naturelles au sein d’International Alert (Londres)
  • Ahmed Maïga, Directeur International Alert Mali (Bamako)

Pour les interviews des médias, veuillez contacter : [email protected]


La publication de ce rapport a bénéficié du soutien d’UK aid du gouvernement britannique dans le cadre du programme Partenariat — recherche pour la paix.