Kenya
Au Kenya depuis 2007, International Alert œuvre à la prévention des conflits, à la sécurité climatique et à la consolidation de la paix par les acteurs locaux, dans les régions les plus fragiles du pays.
Nous aidons les communautés, les pouvoirs publics, la société civile et le secteur privé à mener des actions efficaces vis-à-vis des causes premières des conflits : du stress climatique et de la concurrence pour les ressources, à l’exclusion politique et à l’inégalité des genres. Notre approche conjugue l’accompagnement direct des communautés avec la recherche et la participation aux processus décisionnels. L’objectif : encourager des solutions qui soient sensibles au conflit et au genre, à l’échelon des comtés et du pays. Notre action se décline en trois priorités interconnectées :
- Renforcer la délivrance des services par les pouvoirs publics et les réponses aux besoins des communautés ;
- Encourager les entreprises et le secteur privé à adopter une conduite responsable et à éviter de contribuer au conflit (par exemple, en adhérant à des normes de vigilance plus rigoureuses à l’égard des droits humains) ; et
- Favoriser la gestion et la gouvernance inclusives des terres, des eaux et des pâturages, en particulier dans le nord aride et semi-aride où convergent les pressions climatiques, les difficultés économiques et les tensions politiques.
Notre équipe est basée à Nairobi et nos partenaires locaux se trouvent à West Pokot, Elgeyo-Markwet, Baringo et Turkana, mais aussi en Éthiopie.
Nos projets en cours
Nous menons deux projets à l’intersection du changement climatique, du conflit et du genre, trois domaines dans lesquels tout indique que les actions intégrées livrent les résultats les plus durables.
- Dans les comtés de West Pokot, Elgeyo-Marakwet et Baringo, nous aidons les communautés et les pouvoirs publics à remédier aux problèmes causés par le changement climatique et les conflits afin qu’ils puissent mieux s’adapter à leurs effets conjugués. Nous créons pour cela des espaces et des mécanismes permettant aux personnes de communautés différentes de trouver ensemble des solutions aux différends sur les terres et l’eau avant qu’ils ne s’aggravent. Nous équipons les dirigeants locaux et les institutions des compétences et des connaissances nécessaires pour réagir aux pressions climatiques sans avoir recours à la violence. Avec les dirigeants des comtés et du pays, nous veillons à ce que les plans d’adaptation au climat traduisent la réalité des zones touchées par le conflit.
- Dans la région transfrontalière de Turkana-Omo, entre le nord du Kenya et le sud de l’Éthiopie, nous œuvrons avec les femmes et les communautés pastoralistes à réduire les tensions autour des terres et de l’eau, ainsi qu’à renforcer la coopération entre les communautés et les gouvernements des deux côtés de la frontière. Dans cette région, le changement climatique et la concurrence pour les ressources restreignent les moyens de subsistance, la sécurité et la capacité des femmes et des filles à participer aux décisions qui les concernent. En créant un espace dans lequel les femmes peuvent mener les discussions transfrontalières et y contribuer, nous veillons à ce que les solutions soient dictées par leur vécu.
Nos partenaires
- Catholic Justice and Peace Department (CJPD)
- Ethiopian Institute of Peace (EIP)
- Turkana Pastoralist Development Organization (TUPADO)
Le contexte du conflit au Kenya
Depuis la crise postélectorale de 2007-2008, le Kenya est épargné par la violence à grande échelle observée ailleurs dans la région. Pourtant, pour des millions de personnes, une réelle menace de conflit gronde. Échecs de gouvernance, concurrence pour les ressources, exclusion économique, tensions ethniques et changements climatiques sont autant de facteurs de tension imbriqués et difficiles à gérer dans un esprit de paix.
Les effets sur le développement et la sécurité du Kenya sont le plus fortement ressentis dans le nord aride et semi-aride, qui couvre plus de 80 % du pays. Dans cette région, les sécheresses à répétition, les inondations et la réduction croissante des ressources d’eau et des pâturages accentuent la concurrence entre des communautés entièrement dépendantes des ressources naturelles. Les raids de bétail – principale source de nourriture, de revenus et de statut social pour de nombreuses communautés pastoralistes – sont courantes. Tout comme les représailles violentes. La facilité de circulation des petites armes alimente cette violence et déstabilise les communautés des deux côtés des frontières du Kenya avec l’Éthiopie, le Sud-Soudan et l’Ouganda.
Ces communautés comptent également parmi les moins bien servies par l’État, ce qui ne fait que créer d’autres risques. Au nord-est et dans les zones côtières et urbaines, la marginalisation, l’exclusion et le chômage rendent les jeunes plus vulnérables au recrutement par les groupes armés. Les opérations de sécurité visant à désorganiser les réseaux d’extrémisme violent ont fait quelques progrès, mais, faute de s’attaquer aux causes profondes des conflits, elles risquent d’aggraver les griefs qui mènent à la radicalisation.
Le développement économique rapide fait également naître un certain ressentiment et de nouveaux risques en même temps que de nouvelles perspectives. L’investissement dans l’infrastructure, l’extraction d’or et de minerais, l’économie agricole et l’énergie, se développe. Cependant, si ces projets ignorent le contexte et négligent les droits et les besoins des communautés locales, ils risquent d’attiser des conflits qui compromettent leur succès.
Ce sentiment d’exclusion se retrouve dans le paysage politique instable du Kenya. Les élections de 2022 se sont déroulées sans violence généralisée, mais les revendications de longue date restées irrésolues, au sujet des terres, de la représentation et des ressources, risquent de refaire surface avec intensité à l’approche du scrutin de 2027 et avec l’apparition de nouvelles tensions. Depuis 2024, les augmentations d’impôts proposées donnent lieu à une vague de protestations menées principalement par des jeunes (ou la « Gen Z »). Bien que principalement non violente, cette agitation amplifie les tensions entre les citoyens et l’État, car elle traduit des frustrations plus profondes autour du coût de la vie et du sentiment d’exclusion des décisions qui affectent la vie de la population.
Toutes ces tensions sont encore plus durement ressenties par les femmes et les filles, encore plus concernées par la violence, les déplacements et la pauvreté. Elles continuent pourtant de jouer un rôle essentiel dans le soutien apporté à leurs communautés et les efforts informels de paix. Une réalité au cœur de notre action en Afrique orientale.
Eaux turbulentes, rivages agités
L’intensification des conflits entre les communautés de la région du lac Turkana ces quelques dernières années se fait ressentir sur la sécurité et la stabilité locales et régionales. Notre analyse approfondie du conflit dans les comtés de Marsabit et Turkana livre des éclairages sur la dynamique et les causes profondes du conflit dans la région, notamment les facteurs liés au changement climatique et d’autres problématiques sociales, politiques, environnementales et économiques.
