Nigeria
Depuis plus de 15 ans, International Alert mène au Nigeria une action de consolidation de la paix fondée sur les faits. Notre mission : aider les communautés, les pouvoirs publics et la société civile à lutter contre les causes du conflit et de l’insécurité.
Basée à Abuja, notre équipe est également présente dans les États de Sokoto et Bunue, zones où les tensions liées à la sécurité, au développement et au climat convergent. Nos projets sont axés sur la prévention des conflits, le renforcement de la cohésion sociale et celui de la résilience au changement climatique.
Nous construisons une paix durable au Nigeria en rapprochant différents groupes afin qu’ils puissent résoudre les tensions avant qu’elles ne s’aggravent. Nous soutenons les structures locales qui aident à prévenir et à gérer les désaccords. Nous contribuons aussi aux systèmes d’alerte rapide qui permettent aux communautés et aux autorités de signaler les risques qui se manifestent et d’y réagir. Nous cherchons en outre à renforcer la confiance entre les citoyens et les pouvoirs publics à tous les niveaux, mais aussi à élargir l’accès des communautés concernées à la justice.
Nous consolidons la coordination entre les actions d’aide humanitaire, de développement, et de consolidation de la paix (l’approche dite « nexus »). Il s’agit pour cela de veiller à ce que les politiques et les programmes des pouvoirs publics et de nos partenaires tiennent compte des conflits et de la problématique hommes-femmes afin de ne pas aggraver les tensions ou de ne négliger personne par inadvertance. Notre travail sur l’Agenda pour les femmes, la paix et la sécurité, le cadre international qui reconnaît le rôle essentiel des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, en est un exemple.
Une résolution durable des conflits au Nigeria n’est pas possible sans la participation constructive des communautés concernées. C’est pourquoi nous défendons les efforts de consolidation de la paix et le travail menés à l’échelle locale pour supprimer les obstacles qui excluent les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés de la prise de décision, créant ainsi pour eux des possibilités concrètes d’influencer les processus de gouvernance et de paix.
Certains de nos plus grands travaux au Nigeria ont porté sur des personnes ayant traversé les pires formes de conflit. Entre 2015 et 2016, notre programme phare aidait des femmes et des filles qui avaient été gardées en captivité par Boko Haram à se réintégrer dans leurs communautés. Notre action a réduit la stigmatisation subie par ces victimes et remis en question les attitudes qui justifiaient la violence sexuelle et sexiste. Nous accompagnons aussi les enfants confrontés à un rejet profond – dont ceux nés des actes de violence sexuelle commis par Boko Haram et les enfants autrefois associés aux groupes armés – pour les aider à se reconstruire et à être acceptés.
À l’heure où le changement climatique attise les tensions au Nigeria, nous utilisons l’analyse de conflit et d’autres outils de consolidation de la paix pour aider différents groupes à comprendre ces risques et à faire en sorte que les programmes d’adaptation climatique y apportent une réponse appropriée.
Nos projets de consolidation de la paix en cours au Nigeria
- RECAP (Resilience, Engagement, and Conflict Prevention – Résilience, mobilisation et prévention des conflits) : dans l’État de Sokoto, nous aidons des communautés fortement menacées par la violence à parvenir au règlement pacifique de leurs différends, à améliorer leurs moyens de subsistance et à accéder aux services de santé et de protection.
- Powering Peace through Climate Action (l’action climatique au service de la paix) : dans les États de Benue et de Sokoto, nous réunissons les communautés marginalisées et les administrations locales autour des défis communs posés par le climat et les conflits. La nécessité de s’adapter aux effets du changement climatique nous sert de point de départ pour établir la confiance et la coopération.
Nos partenaires
- Nigeria INGO Forum
- Action Against Hunger
- Save the Children International
- Save the Child Initiative
- Voluntary Aid Initiative
- Crest Research and Development Institute
- Jireh Doo Foundation
Le contexte du conflit au Nigeria
Les rivalités pour les ressources (terre, eau et chemins d’accès aux pâturages) et l’énergie alimentent depuis longtemps les conflits intercommunautaires, en particulier dans les zones rurales. Le changement climatique, la croissance démographique et la dégradation de l’environnement réduisent les ressources disponibles, tandis que l’accès restreint à la justice, les problèmes de gouvernance, et le manque d’instruments efficaces pour résoudre les différends exacerbent ces tensions.
Au nord-ouest et dans certaines parties du centre nord du pays, cette situation a favorisé l’évolution de la petite criminalité en réseaux de banditisme organisé. Ces groupes opèrent souvent depuis une zone rurale difficile à gouverner et imposent leurs propres règles aux communautés. Ils volent le bétail, pillent les villages, commettent des actes de violence sexuelle, kidnappent contre rançon, attaquent des écoles et des routes ou s’adonnent à l’extraction minière illégale. L’État est principalement absent. Les conséquences humanitaires sont profondes : déplacements de masse, perturbation de la production agricole, insécurité alimentaire et fermeture des écoles et des services de santé dans les zones touchées.
Ces espaces non gouvernés n’apparaissent pas par accident. Lorsque les institutions publiques sont faibles, manquent de ressources financières ou sont considérées comme étant partisanes, les communautés n’ont plus confiance en la capacité de l’État à les protéger et à résoudre équitablement les différends. Faute de mécanismes de justice accessibles, les différends sur les terres et les ressources s’enveniment. Faute d’obligation de répondre de ses actes, la violence devient un outil viable, dans une logique de profit criminel ou à des fins politiques. Les groupes armés exploitent ce vide. Dans certaines régions, ils ont formé des liens avec des réseaux extrémistes et des organisations criminelles transnationales qui dépassent les frontières du Nigeria.
La dynamique politique vient aggraver la situation. L’environnement politique du Nigeria est compétitif au point d’inciter ses acteurs à mobiliser leur soutien le long des lignes ethniques et religieuses. Les différends se transforment alors en conflit organisé. Les jeunes, souvent sans emploi et exclus de la vie économique, risquent plus particulièrement d’être recrutés en tant que sbires politiques ou membres des milices. Au nord-ouest et au nord-est plus qu’ailleurs, après des décennies de retard en éducation, en santé et en emploi, une importante population se sent délibérément tenue à l’écart. C’est ce sentiment d’injustice – d’exclusion délibérée et non pas accidentelle – qui rend les revendications politiquement explosives.
L’instabilité ne s’arrête pas aux frontières du Nigeria. Elle entraîne le déplacement des populations et se répand sur toute la région du Bassin du lac Tchad et de l’Afrique occidentale plus généralement, avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour la coopération et la sécurité régionales.
Remédier aux conflits pour les ressources et aux effets du changement climatique à Fiidi, Nigeria
Un récit marquant de réconciliation entre deux communautés. Jukun et Tiv surmontent leur rivalité pour les ressources et s’adaptent ensemble aux tensions climatiques.

