LA Paix à Petits Pas

Inventaire et Analyse des Pratiques Locales de Paix à l’Est de la République Démocratique du Congo Cas du Nord et du Sud-Kivu
Date: 
Lu, 01/11/2010
ISBN: 
978-1-906677-78-7
No. of Pages: 
64 pages
Auteur: 
Hélène Morvan
Auteur: 
Jean-Louis Kambale Nzweve
Publisher: 
International Alert
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Summary: 

Menée dans le cadre du programme d’"Appui à la paix et à la stabilisation à l’Est de la République Démocratique du Congo" de la Commission Européenne, cette étude vise à mieux comprendre le rôle de la société civile dans la construction de la paix. S’appuyant sur les résultats d’une recherche de terrain, l’étude a recensé plus de 150 organisations. Le rapport dresse les contours du secteur de la paix et aide à comprendre les enjeux auxquels les acteurs font face. Dans un deuxième temps, l’étude offre une analyse fine et documentée d’initiatives locales de paix, axés sur des méthodologies clés : la médiation, la recherche-action et le plaidoyer. Enfin, l’étude propose des recommandations visant à l’amélioration des pratiques de paix des acteurs de la société civile et de ceux qui les soutiennent.

Executive Summary :

Depuis 1996, la République démocratique du Congo, et particulièrement les provinces du Nord et du Sud-Kivu, sont le théâtre de conflits armés internes et internationaux. Ces violences s’enracinent dans l’histoire politique du Congo et se nourrissent d’un contexte régional particulièrement instable. Le coût humain de ces années de conflit s’exprime en millions de morts, de déplacés et d’exactions. Il s’exprime aussi dans une instabilité politique et sécuritaire chronique qui continue à menacer les avancées diplomatiques et sécuritaires que la RDC a connues ces dernières années.

Dans ce contexte, la Commission européenne a demandé à International Alert de la seconder dans son programme d’appui à la paix et à la stabilisation dans l’est de la RDC. Ce programme de 18 mois intitulé « Amélioration du dialogue à l’est de la République démocratique du Congo » s’est donné pour objectifs le support aux processus de paix, le suivi de la situation sécuritaire et la promotion des initiatives de paix et de dialogue intercommunautaire.

L’étude présentée ici s’intéresse aux initiatives locales de paix en essayant d’appréhender en quoi et comment elles contribuent à la paix.

La recherche dont les résultats sont exposés dans le présent rapport est articulée autour de deux activités :

  • Une cartographie des structures locales de paix intervenant au Nord et Sud-Kivu (partie 1).
  • Une documentation détaillée d’initiatives de paix (partie 2).

Les trois chapitres qui présentent les résultats du travail de documentation des initiatives locales de paix s’intéressent aux stratégies d’intervention. Ces stratégies sont : les mécanismes non judiciaires de gestion des conflits, la recherche-action et le plaidoyer. Le choix de structurer ce travail autour de modes d’intervention permet d’offrir une perspective opérationnelle et concrète des initiatives locales de paix.

171 organisations de la société civile ont été recensées au Nord et au Sud-Kivu comme travaillant dans le secteur de la paix, de la gouvernance et des droits humains. 43,9 % des organisations enquêtées ont un mandat exclusif dans un ou plusieurs de ces trois secteurs.

Ces organisations interviennent principalement dans la gestion des conflits locaux. La cartographie montre trois zones de concentration : les territoires de Beni-Lubero, de Fizi-Uvira et de Kalehe. Les critères qui semblent favoriser cette concentration sont les dynamiques de conflit et les dynamiques associatives.  Bien que les violences dans l’est de la RDC soient largement analysées comme la répercussion des dynamiques régionales de conflit, les organisations sont moins de 10 % à avoir des initiatives au niveau régional (Burundi, Ouganda et Rwanda).
Pour offrir une alternative face à la crise de la justice et à l’augmentation des conflits, les acteurs de la société civile ont mis en place des mécanismes extra-juridictionnels de gestion des conflits. Les conflits traités au sein de ces structures sont majoritairement fonciers et familiaux.

Ces mécanismes se réfèrent à une logique coutumière de conciliation qui est en adéquation avec l’imaginaire juridique des populations. Toutefois, la multiplicité de ces cadres favorise le développement de pratiques clientélistes.En intervenant de manière préventive, les cadres locaux de gestion peuvent faire obstacle au risque de récupération politique. Cependant, ils ont un impact limité dans la gestion de conflits avec des dimensions politiques et/ou identitaires notamment parce que les acteurs impliqués et les enjeux dépassent le niveau local.

En RDC, les positions partisanes, les tracts, les préjugés et les rumeurs limitent la capacité des acteurs à se fédérer et à faire des propositions cohérentes. En produisant des analyses approfondies, les travaux de recherche permettent d’éclairer les enjeux et acteurs multiples des conflits.

La participation des acteurs touchés par les conflits dans la production de la recherche permet d’ouvrir des espaces de dialogue dépassant les aprioris et la langue de bois, et de concevoir des solutions appropriées. Toutefois, l’appropriation des résultats de recherche par les autorités/décideurs reste liée à l’urgence d’agir, ce qui limite la prise en compte des causes structurelles des violences.

Le modèle politique congolais est caractérisé par des réseaux de pouvoir informel qui font obstacle au développement et à la mise en oeuvre de politiques publiques. Si beaucoup d’acteurs disent mener des actions de plaidoyer (72,5 % des organisations enquêtées), les actions menées en direction des autorités nationales s’avèrent limitées. Bien que le chapitre sur le plaidoyer ne s’intéresse qu’à l’expérience d’une organisation, les leçons apprises ont une portée générale.
La réussite du plaidoyer mené par FAT (Forum des amis de la terre) s’inscrit dans un va et vient permanent entre la base et le sommet. La base lui donne la légitimité de faire des propositions, et le sommet l’espace institutionnel pour les faire adopter. Cependant, ces actions restent soumises à l’incertitude des dispositions légales et des agendas politiques, les lois et les politiques servant les alliances du moment.

Les recommandations s’adressent aux structures qui vont les mettre en oeuvre. Cependant pour chacune d’elles, et même si cela n’est pas explicitement mentionné, les organisations qui financent et définissent les politiques devront être informées et impliquées.

  • Pour réduire les pratiques opportunistes et les logiques de sous-traitance, les ONG internationales d’appui doivent favoriser une approche de partenariat qui s’inscrit sur le long terme et inclut la conception de politiques et de stratégies en concertation. Par ailleurs, l’analyse des conflits, la conception des projets et le choix des partenaires doivent se faire en tenant compte des différentes sensibilités qui traversent la société congolaise et particulièrement des différentes appartenances ethniques.
  • Pour répondre à la complexité et la diversité des conflits, les organisations locales de la société civile doivent imaginer des réponses souples associant des mécanismes de gestion des conflits à des outils de monitoring. La structuration de ces mécanismes devra notamment permettre de choisir les méthodes d’intervention et les intervenants en fonction de la nature des conflits et des relations entre les parties.
  • La participation des femmes dans la gestion des conflits reste marginale et nécessite que les organisations locales de la société civile fixent des mesures contraignantes et développent parallèlement des mécanismes d’accompagnement pour faciliter cette participation.
  • La diversité des principes et des pratiques qui régissent les populations des différents territoires et provinces du Congo mérite que les acteurs congolais de la société civile s’investissent pour enrichir la connaissance des décideurs sur ces réalités. Parallèlement à cette approche locale, les acteurs de la société civile devront construire des espaces nationaux et provinciaux pour favoriser un dialogue et une réflexion concertée, mais aussi renforcer leur pouvoir de pression sur les décideurs politiques.